Le prix du cacao fixé à 1.200 FCFA : entre soulagement prudent et déception des planteurs
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, a fixé mardi 1er septembre le prix d’achat bord champ du cacao pour la campagne principale 2026-2027. A 1.200 francs CFA le kilo, il s’agit d’un montant identique à celui décidé en mars pour la campagne intermédiaire.
L’annonce de ce prix a été faite par le
ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, devant des centaines de producteurs à l’occasion
des Journées nationales du cacao et du chocolat. La décision de fixer le prix
bord champ du cacao à 1.200 francs CFA le kilo marque la fin d’une année
particulièrement mouvementée pour la filière cacao en Côte d’Ivoire. Le pays
ouest-africain assure à lui seul environ 40 % de l’offre mondiale de cacao, une
culture qui pèse 17 % de son PIB et fait vivre près de 5 millions de personnes.
Contrairement à la plupart des pays
producteurs, où les revenus des planteurs évoluent directement au gré des cours
internationaux, la Côte d’Ivoire encadre le prix payé aux producteurs. Le
Conseil du Café-Cacao fixe ainsi un prix minimum garanti, afin de protéger les
planteurs contre les fortes fluctuations du marché mondial. Ce dispositif de
régulation, instauré après la réforme de la filière en 2011-2012, vise à
assurer une meilleure stabilité des revenus des producteurs.
Un an après un prix record devenu
intenable
Ce nouveau tarif s’inscrit dans un net
recul par rapport à l’an dernier. En 2025, trois semaines avant l’élection
présidentielle du 25 octobre, le président Alassane Ouattara avait annoncé un
prix garanti exceptionnel de 2.800 francs CFA le kilo pour la « grande traite ».
Cette grande campagne concentre l’essentiel de la production nationale. Le contexte
de ce prix tenait la route de l’avis des experts de la filière. Les cours
mondiaux du cacao venaient d’atteindre des sommets historiques : 11.000
dollars la tonne fin 2024, portés par de mauvaises récoltes et une spéculation
intense sur les marchés.
Mais l’euphorie a été de courte durée.
Dès début 2026, les cours internationaux ont chuté, retombant entre 3.000 et
5.000 dollars la tonne selon les périodes. Deux facteurs se sont conjugués pour
sceller le sort des producteurs ivoiriens. Une récolte plus abondante en
Afrique de l’Ouest (notamment le Ghana qui a reconstitué les stocks mondiaux)
et un net repli de la demande.
Les chocolatiers européens ont réduit
leurs achats de cacao, avec une baisse de 8,3 % du broyage des fèves au dernier
trimestre 2025. Face à la hausse des prix, certains fabricants utilisent aussi
davantage de matières grasses moins chères à la place du beurre de cacao. Dans
le même temps, des analystes estiment que le marché mondial pourrait
enregistrer un excédent d’environ 287 000 tonnes sur la campagne 2025-2026.
Le prix de 2 800 FCFA le kilo avait été
fixé avant la chute des cours mondiaux du cacao. Il est ensuite devenu trop
élevé par rapport aux prix du marché, ce qui a rendu les ventes plus
difficiles. Des stocks de fèves se sont alors accumulés dans les entrepôts des
coopératives et dans les ports d’Abidjan et de San Pedro.
Faute d’acheteurs disposés à payer ce
prix, les exportations ont ralenti. Pour éviter que ces stocks ne restent
invendus, l’État a décidé de racheter une partie du cacao au prix garanti.
Début août, il a annoncé avoir acheté environ 100 000 tonnes, mais plusieurs
syndicats de producteurs estiment que ce chiffre est inférieur aux volumes
réellement stockés.
Un prix jugé décevant par les
producteurs
Face à cette impasse, le gouvernement
avait déjà réduit le prix de 60 % en mars, à 1.200 FCFA, pour la campagne
intermédiaire. Son maintien à l’identique pour la grande campagne a suscité une
réaction amère chez les représentants des planteurs. De son côté, le ministère
met en avant, que ce tarif reste le troisième meilleur jamais accordé pour une
campagne principale, derrière les 2.800 FCFA de l’an dernier et les 1.800 FCFA
de 2024-2025.
Fin juillet, la tonne de cacao négociée
à New York pour livraison en septembre s'échangeait autour de 5.381 dollars. Une
remontée par rapport à mars, mais un niveau qui reste très inférieur aux pics
de 2024. Le ministre a également annoncé le prix du café, fixé à 1.300 FCFA le
kilo, contre 1.700 FCFA la saison précédente, confirmant que la baisse touche l’ensemble
des filières d’exportation agricole de la Côte d’Ivoire.
L’autre nouveauté de cette campagne est le
système national de traçabilité qui entre en vigueur. La carte du producteur
devient également obligatoire pour toutes les opérations d’achat et de vente de
cacao. Elle doit notamment permettre de mieux sécuriser les transactions et de
s’assurer que le prix fixé par l’État est bien payé aux planteurs.