Cette vidéo d’une opération héliportée contre des orpailleurs n’a pas été tournée en Côte d’Ivoire

Cette vidéo d’une opération héliportée contre des orpailleurs n’a pas été tournée en Côte d’Ivoire
Poêle à orpaillage (photo DR)

Une vidéo montrant des hélicoptères intervenant contre un site d’orpaillage illégal circule sur les réseaux sociaux. Plusieurs publications affirment qu’elle montre une opération menée en Côte d’Ivoire. Mais ces images ont été diffusées avant leur apparition dans ces publications ivoiriennes. La vidéo renvoie à une opération menée dans la région amazonienne, à la frontière entre le Brésil et la Guyane française.

La vidéo qui circule depuis le 21 août 2026 sur des pages et comptes basés en Côte d’Ivoire montre des hélicoptères survolant puis intervenant sur un site d’orpaillage illégal. Elle est largement partagée sur Facebook, X et TikTok, accompagnée d’affirmations selon lesquelles, les images auraient été tournées en Côte d’Ivoire. Ces différentes vidéos ont été partagées des centaines de fois comme ici sur TikTok.

« Les orpailleurs poursuivi par les hélicoptères de l’armées ivoirienne (sic) » indique cette publication qui cumule plus de 800 likes et une centaine de commentaires. Ces publications sont devenues virales alors que les autorités ivoiriennes ont intensifié ces derniers jours leurs opérations contre l’orpaillage clandestin. Cette concomitance peut donner du crédit à l’affirmation, mais elle ne permet pas d’établir que la vidéo a été tournée en Côte d’Ivoire.
Capture d'écran Facebook effectuée le 27 août 2026
Capture d'écran Facebook effectuée le 27 août 2026

La vidéo datant de fin juillet 2026

Une recherche d’image inversée permet de retrouver des occurrences de la vidéo sur internet dès la fin du mois de juillet 2026, avant sa diffusion dans les publications la présentant comme une opération ivoirienne.

La séquence a notamment été publiée par un média brésilien (ac24horas) le 30 juillet 2026. Sous le titre en portugais « Helicópteros surpreendem garimpo ilegal na fronteira entre Amapá e Guiana Francesa » (Des hélicoptères surprennent une exploitation minière illégale à la frontière entre l'Amapá et la Guyane française), le média présente la vidéo comme montrant une opération contre un site de « garimpo ». Ce terme est utilisé au Brésil pour désigner les exploitations minières illégales notamment aurifère. Ces exploitations pullulent dans la région située à la frontière entre l’État brésilien de l’Amapá et la Guyane française.

Un autre média brésilien (Portal Tucumã), a aussi partagé la même vidéo le 30 juillet 2026 sur Instagram et Facebook indiquant également dans la description que la vidéo a été enregistrée à la frontière entre le Brésil et la Guyanne française.

Plusieurs autres comptes sur les réseaux sociaux (ici et ici) ont ensuite repris la même vidéo en indiquant que l’opération s’est déroulée à la frontière entre le Brésil et la Guyane française. Toutes ces publications datent de fin juillet 2026 ce qui confirme que la vidéo ne constitue pas une séquence nouvellement tournée en Côte d’Ivoire au moment où elle a commencé à y circuler.

La lutte contre l’orpaillage illégal est effectivement menée des deux côtés de la frontière franco-brésilienne. Côté Guyane, l’armée française mène notamment l’opération Harpie contre l’orpaillage illégal. Le ministère français des Armées a ainsi documenté une opération héliportée menée le 29 juin 2026 dans l’ouest de la Guyane, aux abords de Grand-Santi. Une vingtaine de militaires et de gendarmes avaient alors été déployés au sol avec l’appui de deux hélicoptères, dont un Caracal.

La France dispose par ailleurs d’un important dispositif militaire consacré à la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane. Environ 500 militaires français sont engagés sur terre, sur l’eau et dans les airs en soutien aux opérations de lutte contre cette activité illicite que des factions armées brésiliennes tentent de contrôler.

Côté brésilien, les forces armées conduisent également des opérations dans la zone frontalière. Début août, l’opération Ágata Amazônia Oriental a notamment renforcé les patrouilles terrestres, fluviales et aériennes entre l’Amapá et la Guyane française. Les militaires brésiliens ont alors identifié un site d’orpaillage illégal à l’embouchure du rio Marupi.

Ces éléments montrent que les opérations contre l’orpaillage sont bien une réalité dans cette région. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’attribuer précisément la séquence virale à une unité française ou brésilienne particulière.

Une confusion avec l’actualité ivoirienne

Matériel d'orpaillage détruit par la Gendarmerie ivoirienne (photo Gendarmerie Nationale de Côte d'Ivoire)
Matériel d'orpaillage détruit par la Gendarmerie ivoirienne (photo Gendarmerie Nationale de Côte d'Ivoire)

En Côte d’Ivoire, la lutte contre l’orpaillage illégal s’est effectivement intensifiée en août 2026. La gendarmerie ivoirienne a annoncé avoir démantelé sept sites et interpellé 35 personnes dans la sous-préfecture de Saïoua le 19 août.

D’autres opérations ont été menées dans différentes régions du pays. Dans la forêt classée de Diambarakro, dans l’Indénié-Djuablin, une opération conduite dans la nuit du 21 au 22 août a notamment abouti à l’interpellation de cinq personnes et à la destruction de plusieurs installations utilisées pour l’orpaillage clandestin.

La gendarmerie ivoirienne avait par ailleurs recensé, entre janvier et juillet 2026, 1.114 sites d’orpaillage illégal déguerpis et 1.531 personnes interpellées, selon un bilan relayé par la presse ivoirienne. Cette multiplication des opérations en Côte d’Ivoire constitue donc un contexte réel, mais elle ne change pas l’origine de la vidéo.

La vidéo montrant une opération héliportée contre des orpailleurs n’a pas été tournée en Côte d’Ivoire, contrairement à ce qu’affirment plusieurs publications sur les réseaux sociaux. Les images étaient déjà disponibles sur internet fin juillet 2026 et sont associées à une opération menée dans la région amazonienne, à proximité de la frontière entre le Brésil et la Guyane française.

La Côte d’Ivoire mène bien, de son côté, une campagne soutenue contre l’orpaillage illégal, notamment depuis le début du mois d’août. Mais aucun élément vérifié ne permet de relier cette vidéo à une opération ivoirienne.