79 % des déplacés de force en Côte d’Ivoire sont des femmes et des enfants

79 % des déplacés de force en Côte d’Ivoire sont des femmes et des enfants
Une population majoritairement composée de femmes et d'enfants (Photo UNHCR))

Au 31 juin 2026, la Côte d’Ivoire enregistre une population déplacée en forte croissance. 93.266 personnes sont présentes sur le territoire ivoirien, un chiffre qui a plus que quadruplé depuis fin 2022.

Les chiffres mensuels consolidés par le HCR (Agence des Nations unies pour les réfugiés) et la DAARA (Direction d’Aide et d’Assistance aux Réfugiés et Apatrides) mettent en lumière deux réalités. Le Burkina Faso est la première origine des 93.266 personnes déplacées de force en Côte d’Ivoire et 79% d’entre elles sont des femmes et des enfants.

La grande majorité de ces déplacés de force, soit 80.162 personnes, ont obtenu le statut légal de réfugié, ce qui représente 95,9% de l’ensemble. Les 3.443 personnes restantes, essentiellement des ressortissants ghanéens présents dans le nord du pays, sont quant à elles enregistrées comme demandeurs d’asile en attente de la reconnaissance de leur statut.

A ces deux catégories s’ajoutent 9.661 personnes supplémentaires estimées en attente d’enregistrement, ce qui laisse penser que le nombre réel de personnes déplacées sur le territoire ivoirien dépasse encore le total officiellement comptabilisé.

La courbe cumulative de la population de réfugiés, suivie depuis décembre 2022 par le HCR et la DAARA, ne cesse de croître. Elle est partie de 2.198 personnes à cette date et a franchi le cap des 18.000 personnes dès mars 2024. En novembre 2024, un pic de 47.000 est atteint avant de passer à 93.266 personnes en juin 2026.

Après le pic de janvier 2024 avec 2.478 arrivées, le nombre de déplacés est redescendu en dessous de la barre des 400 personnes chaque mois entre août 2024 et mai 2025. Une stabilité sur pratiquement un an qui va repartir nettement à la hausse en juillet et août 2025. Cette progression quasi continue traduit un afflux qui ne faiblit pas, porté notamment par les arrivées massives en provenance du Burkina Faso et du Mali.

Une géographie concentrée dans le Nord

La répartition régionale de cette population révèle une concentration très marquée dans le nord du pays. La région du Bounkani accueille à elle seule 40.504 personnes déplacées dont 38.738 réfugiés et 1.766 demandeurs d’asile. Ces chiffres font d’elle la première région d’accueil du pays. Elle est suivie par le Tchologo, avec 29.732 personnes au total, presque exclusivement des réfugiés. Viennent ensuite des régions accueillant des effectifs beaucoup plus réduits : le Hambol et le Poro comptent chacun un peu plus de 2.000 réfugiés.

En dehors de la zone nord, le District autonome d'Abidjan rassemble 1.608 personnes, dont une part notable de demandeurs d’asile (1.111 sur les 1.608). Le Folon et San Pedro ferment cette liste des principales zones d’accueil, avec respectivement 1.347 et 1.016 personnes. Le reste du territoire ivoirien se partage les 5.163 personnes restantes. Cette polarisation vers le Bounkani et le Tchologo, deux régions frontalières du Burkina Faso, s’explique directement par la proximité géographique avec les zones de départ des populations déplacées.

Le Mali et le Burkina Faso continuent de faire face aux groupes armés en premier lieu le JNIM, lié à al-Qaïda, puis l’État islamique au Sahel et les groupes indépendantistes comme le FLA dans le nord du Mali. Les affrontements entre les armées gouvernementales et ces groupes jettent sur les routes des centaines de personnes.

La situation se dégrade considérablement autour des bassins miniers comme le montre le dernier rapport de l’ONG Acled, spécialisée dans la veille sécuritaire. Sous le titre « Extraction sous le feu : comment l’exploitation minière redéfinit les conflits au Sahel central », ce rapport publié le 22 juillet explique comment le contrôle des mines attise de nouveau les violences armées.

Une population composée de femmes et d’enfants

Le profil démographique des personnes déplacées en Côte d’Ivoire est marqué par une forte prédominance féminine et une jeunesse prononcée. Les femmes représentent 55% de la population totale, contre 45% pour les hommes. Plus frappant encore, les enfants de 0 à 17 ans constituent à eux seuls 55% de l’ensemble, tandis que les adultes de 18 à 59 ans en représentent 41% et les personnes âgées de 60 ans et plus seulement 4%.

Cette structure se reflète également dans la catégorie combinée des femmes et des enfants, qui atteint 79% de la population totale. Le détail par tranches d’âge confirme ce constat : les enfants de 5 à 11 ans forment le groupe le plus nombreux avec 19.177 personnes au total, suivis de près par la tranche des 18 à 59 ans qui, malgré sa définition adulte, reste dominée par les femmes de ce groupe d’âge (18.895 femmes contre 13.227 hommes).

Cette jeunesse de la population se traduit directement sur le plan scolaire : 43 % de l’ensemble des personnes déplacées en Côte d’Ivoire sont des enfants en âge scolaire. Les régions du Bounkani et du Tchologo, déjà identifiées comme les principales zones d’accueil, concentrent plus de 90% de ces enfants réfugiés en âge d’être scolarisés.

La quasi-totalité de la population déplacée vit par ailleurs en zone rurale, à hauteur de 79%, contre seulement 18% sur les sites dédiés aux demandeurs d’asile et 3% en zone urbaine.

L’analyse du tableau de bord permet de constater que le Burkina Faso constitue de très loin le principal pays d’origine des réfugiés présents en Côte d’Ivoire, avec 72.836 personnes, soit environ 91% du total des réfugiés enregistrés. Le Mali suit à distance avec 4.678 personnes, devant le Liberia (1.165) et la République centrafricaine (765). Les autres pays sont représentés par 284 personnes. Parmi les demandeurs d’asile, en revanche, c’est le Ghana qui domine très largement avec 1.759 personnes.